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Nécessaire
Avertissement (autant préambulatoire que déambulatoire)
: les Colle
Stories ne sont nullement des critiques d'art... Sans sortir du
registre des définitions en deux mots, on pourrait tout aussi
bien les qualifier de "promenades collagistes"; car s'il est vrai que
le collage ravit l'oeil de prime abord, le pied et la jambe doivent -
bien souvent - fournir leur effort au préalable (et c'est tant
mieux).
Et maintenant, viennent les Colle Stories, ou le journal de bord
(souvent hors bord) d'un collagiste collageophile.
Chapitre 1
Où l'on évoquera successivement Erro, Combas, Magnelli, Emmanuel Pierre, et d'autres fauteurs de trouble collagiste
Ce Samedi 17
Avril 99, tournée des galeries au programme. En
conséquence, je prévois de partir exceptionnellement
tôt... Bien entendu, je commence l'après-midi par une
petite verlanerie
qui ne doit pas excéder un petit quart d'heure
(trier une kyrielle de fragments pour des collages qui ont peu de
chances de voir le jour). Pour finir, je me mets en branle dans
l'urgence trois heures plus tard, sur le coup des 17h (que ceux qui
ne m'ont jamais attendu sans parapluie sous une pluie battante me
jettent la première rose des vents). Le premier rendez-vous
est pour Erro, à la galerie Laurent Strouk (25, rue
Guénégaud). Une première tentative lors du
week-end de Pâques n'avait pas été
couronnée de succés : me présentant quelque peu
tardivement, j'avais trouvé porte close et lumières en
berne. Et bien que je me targue volontiers d'une bonne vision
nyctalope (rarement mise à l'épreuve des faits), je n'y
voyais goutte à travers la vitre ; ce n'était pourtant
pas faute de cligner des yeux comme mon amie la chouette. Cette
fois-ci, la galerie est bel est bien ouverte, même si je
persiste à jouer imprudemment avec le feu et les horaires.
Mais une fois passé le seuil, il faut se rendre à
l'évidence : le dit Erro a quitté la place sans tambour ni trompette,
et c'est un Combas combatif qui a pris son tour de garde. Curieusement,
lorsque je suis confronté à une oeuvre de cet artiste,
j'ai comme l'impression qu'il m'en veut personnellement et qu'il me
le fait savoir. N'allez pas croire pour autant que cette peinture me
rebute... Au contraire! Figurez-vous plutôt cette sensation
étrange : l'oeil est dans la toile et regarde Verlan (qui n'en
peut mais)... De face ou le dos tourné! Du reste, la
série présentée aujourd'hui pourrait bien
être qualifée de collagiste : les personnages
cernés à grands traits noirs ne sont-ils pas autant de
pièces découpées et (r)apportées à
la peinture? Alors même que j'interroge mon paquet de
références, je n'ai pas renoncé à
l'idée de contempler des collages d'Erro (illustration du cerveau
multi-tâches, ou l'art du collage mental). Finalement, je
parviens à gagner l'annexe, où quelques tableaux
miraculeusement rescapés reposent au pied du mur et semblent
n'attendre que ma venue. Il y a là deux collages de taille
moyenne à la manière d'Erro (logique), et - divine
surprise - quatre ou cinq formats plus petits, de véritables
saynètes érotiques que je contemple à genoux...
Ah! Que la mariée est belle! Mais il est temps de lever
l'ancre pour gagner d' autres destinations collagistes. C'est
maintenant le tour de Magnelli dont les collages sont présentés
à la galerie Denise René (196, Bd Saint-Germain).
Passer d'Erro
à
Magnelli, c'est faire en quelque sort le grand écart
collagiste, s'extraire des paysages luxuriants de la figuration
lyrique pour aborder les flancs escarpés de l'abstraction
géométrique (rassurez-vous, j'emploie ces paradigmes
artistico-toqués sans en connaître le sens
véritable, me fiant à mon intuition
diabolico-bucolique). Peut-être faudrait-il d'ailleurs se
ménager une transition entre ces deux artistes, une
manière de sas de décompression? Un coin de ciel bleu
ferait l'affaire, mais à Paname cours toujours... Alors
fonçons! Nous y sommes... Je passe l'entrée tambour
battant, l'assistance est recueillie, comme
pénétrée. Magnelli, c'est tout à la fois une mathématique
débridée, l'élégance insolente du pauvre
(matériau), et les ficelles du métier (sur lequel tu
remets ton ouvrage un nombre estimable de fois, humble collagiste).
Après la revue des tro(u)pes, je m'enquiers
discrètement des valeurs marchandes (règle d'or:
l'intensité de la voix doit être inversement
proportionnelle à la valeur supposée). Oups! La
réponse ne me déçoit pas... Le prix en
espèces sonnantes, ding-ding? Je ne vous le dirai point -
allez donc le demander - mais sachez qu'un tel prix se murmure, se
chuchote, se tait même! Et maintenant, comme chantait feu
Jacques Brel, "Au suivant! Au suivant!". Ce qui doit suivre, dans
l'ordre logique, c'est le Salon des Réalités Nouvelles.
Pour m'y rendre, j'imagine d'emprunter la rue de L'Université
(où je passe environ une fois par décennie). La rue est
étonnamment calme (si l'on veut bien prendre en compte la
proximité du Bd Saint-Germain), bordée de galeries
à l'ancienne - qui fleurent bon la sainte encaustique et les
préparations de latin à la camomille. Soudain,
voilà que mon oeil droit, le plus exercé à
dépister l'insolite ou le phénoménal, est
attiré par un mouvement de rotation : une forme, figurant un
fauteuil, tourne sur elle-même inexorablement, suivie en cela
par deux autres figurines, le tout sur un fond imagé. Halte!
Le support imagé se révèle être un curieux
mélange de dessin à la plume et de collages. Mais
où suis-je donc? Au 56, rue de L'Université, à
la galerie Martine Gossieaux. La tragédie collagiste s'amorce
(complètement ignorée des rares passants) : je DOIS me
rendre au Salon, je n'ai absolument pas le temps de visiter cette
galerie qui n'est pas au programme de la journée, il est
impératif que je mette un pied devant l'autre. Las! L'index
vise déjà la sonnette, mais sans l'atteindre ; on ne
sait jamais, quelqu'un a pu oublier de couper le gaz - et puis je
n'ai pas tout à fait renoncé à poursuivre mon
chemin. Mais voilà qu'une jeune femme a vu mon manège
à travers la vitre, et vient m'ouvrir la porte. J'entre... Et
là,, feu d'artifice : de partout, les collages me sautent aux
yeux ; si je reste en la demeure, le péril horaire me guette.
Ô, puissances collagistes! Faites que l'on passe à
l'heure d'hiver dans l'instant! J'ai besoin de cette heure devant
moi, je vous la rendrai tantôt... Peine perdue : une fois de
plus, je ne serai pas entendu, et le répit ne me sera pas
accordé. J'en suis réduit à papillonner d'un
collage à l'autre. Ce faisant, je glane quelques
précieux renseignements, dont bien sûr le nom de
l'artiste - Emmanuel Pierre, et finis par aviser un livret édité
par la galerie à l'occasion de l'exposition, sur lequel je me
rue séance tenante... Avec ou sans la gravure? Pour moi, ce
sera sans, je dis toujours non au nuage de lait et au compartiment de
1ère classe - mais au moins, je ne partirai pas les mains
vides! L'heure du départ a maintenant sonné; je prends
congé, tout en promettant de revenir sans tarder, même
si l'exposition en cours (joliment baptisée
"Villégiatures Insolites") dure jusqu'au 19 Juin. C'est
qu'à force de différer le plaisir collagiste pour mieux
le faire durer, j'en ai loupé des expositions - fatalement -
et pas des moindres!
A suivre ...
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