Félinement vôtre


... Quelques chatteries de gens de plume ...


À UNE PETITE CHATTE QUI ME REGARDAIT AVEC DE GRANDS YEUX BLEUS

(texte attribué à Gérard de Nerval)

Je voudrais te faire un sonnet,
Petite chatte, et te surprendre ;
Mais si je sais comment m'y prendre,
Que je sois pendu, s'il vous plaît !

Bah ! Le premier quatrain est fait,
Le second est facile à faire :
Je t'aime ! Hé ! las ! Quel air sévère !
Rentrez vos griffes, s'il vous plaît ?

Ai-je rien dit qui vous déplaise ?
Vos grands yeux bleus me font mal aise,
Vite, fermez-les, s'il vous plaît ?

Mais si mon vers ne vous offense,
Accordez-moi, pour récompense,
Un baiser, - veux-tu, s'il vous plaît ?


Je préfère les chats aux chiens parce qu'il n' y a pas de chat policier.

(Jean Cocteau)


LE CHAT

(Charles Baudelaire)

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d'agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s'énivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum,
Nagent autour de son corps brun.


Moi, j'aime les chats. Les chats sont les tigres des pauvres diables.

(Théophile Gautier)


FEMME ET CHATTE

(Paul Verlaine)

Elle jouait avec sa chatte,
Et c'était merveille de voir
La main blanche et la blanche patte
S'ébattre dans l'ombre du soir.

Elle cachait - la scélérate! -
Sous ses mitaines de fil noir
Ses meurtriers ongles d'agate,
Coupants et clairs comme un rasoir.

L'autre aussi faisait la sucrée
Et rentrait sa griffe acérée,
Mais le diable n'y perdait rien...

Et, dans le boudoir où, sonore,
Tintait son rire aérien
Brillaient quatre points de phosphore.


L'idéal du calme est dans un chat assis.

(Jules Renard)


CHATTE BLANCHE, CHATTE SANS TACHE

(Charles Cros)

Je te demande dans ces vers
Quel secret dort dans tes yeux verts,
Quels sarcasmes sous ta moustache.

Tu nous lorgnes, pensant tout bas
Que nos fronts pâles, que nos lèvres
Déteintes en de folles fièvres,
Que nos yeux ne valent pas

Ton museau que ton nez termine,
Rose comme un bouton de sein,
Tes oreilles dont le dessin

Couronne fièrement ta mine.

Pourquoi cette sérénité ?
Aurais-tu la clé des problèmes
Qui nous font, frissonnants et blêmes,

Passer le printemps et l'été ?

Devant la mort qui nous menace
Chats et gens, ton flair, plus subtil
Que notre savoir, te dit-il
Où va la beauté qui s'efface,

Où va la pensée, où s'en vont
Les défuntes splendeurs charnelles ?...
Chatte, détourne tes prunelles ;
J'y trouve trop de noir au fond.


L'homme est le seul véritable sujet de querelle entre le chien et le chat.

(Eric Chevillard, L'oeuvre posthume de Thomas Pilaster)


LE CHAT QUI NE RESSEMBLE À RIEN

(Robert Desnos)

Le chat qui ne ressemble à rien
Aujourd'hui ne va pas très bien.

Il va visiter le Docteur
Qui lui ausculte le coeur.

Votre coeur ne va pas bien
Il ne ressemble à rien,

Il n'a pas son pareil
De Paris à Créteil.

Il va visiter sa demoiselle
Qui lui regarde la cervelle.

Votre cervelle ne va pas bien
Elle ne ressemble à rien,

Elle n'a pas son contraire
A la surface de la terre.

Voilà pourquoi le chat qui ne ressemble à rien
Est triste aujourd'hui et ne va pas bien.


Je préfère être vivant pour mes amis et mes chats que mort pour la France.

(Phillipe Val, Fin de siècle en solde)


À LA MÉMOIRE D'UNE CHATTE NAINE QUE J'AVAIS

(Jules Laforgue)

Ô mon beau chat frileux, quand l'automne morose
Faisait glapir plus fort les mômes dans les cours,
Combien passâmes-nous de ces spleeniques jours
À rêver face à face en ma chambre bien close.

Lissant ton poil soyeux de ta langue âpre et rose
Trop grave pour les jeux d'autrefois et les tours,
Lentement tu venais de ton pas de velours
Devant moi t'allonger en quelque noble pose.

Et je songeais, perdu dans tes prunelles d'or
- Il ne soupçonne rien, non, du globe stupide
Qui l'emporte avec moi tout au travers du Vide,

Rien des Astres lointains, des Dieux ni de la Mort ?
Pourtant !... quels yeux profonds !... parfois... il m'intimide
Saurait-il donc le mot ? - Non, c'est le Sphinx encor.


Chaque fois que je vois un chat au soleil, je pense à l'humanité.

(Fernando Pessoa)


RÊVERIES CULINAIRES

(Aurélie de Morte-Fontaine - aureliedemortefontaine@minitel.net)

[Poème envoyé à Cartouche le 7 Juin 2000]

Quand, l'oreille dressée dans l'attente incertaine,
J'entends le pas traînard de mon maître exténué,
Je rêve d'un chemin de RonRon parsemé
Vibrant des clapotis de laiteuses fontaines,

De sentiers voluptueux où croquettes s'égrainent,
De dives caresses qui viendraient réveiller
Avec délicatesse ma félinité,
De cet être si doux, qui rend ma vie sereine.

Titillé par la faim qui sans cesse me guette,
Je vois rats et souris fuir à toutes gambettes,
Affolés par mon corps qui n'est point famélique.

Et l'ombre de Verlan se profile à la porte...
Venant de la serrure, un cliquetis magique,
Dans un tourbillon d'espoirs gustatifs, m'emporte...


Qui aime un chat aime tous les chats.
Qui aime son chien n'aime pas les autres.

(Roland Topor)

[Citation transmise par l'inimitable JPB]


LE CHAT QUI VOULAIT PASSER DE L'AUTRE CÔTÉ...

(Muriel Bernard - muriel.bernard@club-internet.fr)

[13 Octobre 2000]

Il paraissait dormir, couché sur le flanc
Ses pattes brunes souplement allongées
Comme à son habitude, il semblait prendre le soleil.

Seulement voilà, il pleuvait ce matin là...

Indifférent à l'aube naissante
Son regard vide et bleu reflétait le ciel
Et l'arc en ciel qui passait au dessus du fleuve

Seulement voilà, il pleuvait ce matin là...

Son corps faisait une tache claire sur l'herbe
Et la berge comme un coussin à sa tête sombre
Il y avait une tache de sang près de son oreille

Et il pleuvait ce matin là...

Il pleut depuis cinq jours et il dort encore
Il n'a pas bougé, insensible et froid
Son poil clair frémit encore au trafic qui passe

Il pleut dans mes yeux depuis ce matin là...

~ du même auteur: le petit Musée du Chat, et encore le petit Musée du Chat (accessibles sur tous les écrans qui se respectent) ~


Le chat est à nos côtés le souvenir chaud, poilu
moustachu et ronronnant d'un paradis perdu.

(Leonor Fini)


UNE CHATTE

(Michèle Cabana - feliweb@hotmail.com)

http://pages.infinit.net/feliweb/Sec_plume/picotine.htm


Le chat ne nous caresse pas,
il se caresse à nous.

(Antoine Rivarol)



Verlan

La cartoucherie

La loggi@